When our democracies show clear signs of decay, when they elect as their leaders the very people least likely to save them, when innovation means inventing new consumer needs rather than new forms of expression and collective life, when our societies are bent on destroying the very conditions of their survival, when, to put it simply, the situation is degenerating, it is important to lose oneself in art.
Aware that art has never saved the world, David Crunelle devotes himself to it. At a time when we are plunging blindly into the void, he knows that his paintings are tombstones rather than parachutes. His works are a politeness of despair, an aesthetic quest that has renounced grand rhetoric and denunciations, a quest that has no use for hope.
In the serenity of a Nordic retreat, surprisingly untouched by chaos, he devotes to art the last moments of peace that our dying world grants him. What a mad ambition it is to reject stupidity, ugliness and anguish. What derisory tools: scissors, glue and a jumble of paper. What an immoderate hope it is to carve our world to pieces, only to reorganise the remnants into complex assemblages laden with meaning. Between taut geometry and symbolic allusions, a reinvented beauty emerges. For beauty is part of our world, even if it will not prevail.
Of course, as always, those who denounce the game of hatred and violence and who seek ways to resist it are mocked, denounced and accused. There is no doubt that, before long, they will once again be branded as degenerates by those who flaunt their obscenity for all to see, hunted down and their works destroyed. Never mind, art is a battle lost before it has even begun. It is precisely for this reason that it is the guardian of our dignity and the revealer of the baseness of the scum.
Lorsque nos démocraties montrent d’évidents signes de nécrose, qu’elles se donnent pour chefs les personnes les moins susceptibles de leur sauver la mise, quand l’innovation désigne l’invention de nouveaux besoins de consommation plutôt que celles de nouvelles formes d’expression et de vie collective, quand nos sociétés s’acharnent à détruire les conditions de leur survie, quand, pour le dire d’un mot, la situation dégénère, il importe de s’abimer dans l’art.
Sachant que l’art n’a jamais sauvé le monde, David Crunelle s’y applique. À l’heure où nous plongeons aveuglément dans le vide, il sait que ses tableaux sont des pierres tombales, plutôt que des parachutes. Ses œuvres sont une politesse du désespoir, une recherche esthétique qui a renoncé aux grands discours et aux dénonciations, une quête qui n’a que faire de l’espoir.
Dans la sérénité d’une retraite nordique étonnamment préservée du chaos, il consacre à l’art les derniers instants de paix que lui concède notre monde agonisant. Quelle folle ambition que celle de refuser la bêtise, la laideur et l’angoisse. Quelles dérisoires outils que les ciseaux, la colle et un fatras de papier. Quel espoir démesuré que celui de tailler notre monde en pièces, pour en réorganiser les abattis en complexes assemblages chargés de sens. Entre géométrie tendue et allusions symboliques, perce une beauté réinventée. Car la beauté est de notre monde, même si elle n’aura pas le dessus.
Bien sûr, comme toujours, celles et ceux qui dénoncent le jeu de la haine et de la violence et qui cherchent les moyens d’y résister sont moqués, dénoncés, accusés. Nul doute que, sous peu, ils seront à nouveau traités de dégénérés par ceux qui étalent leur obscénité aux yeux de tous, pourchassés et leurs œuvres détruites. Qu’importe, l’art est un combat perdu d’avance. C’est précisément en cela qu’il est le gardien de notre dignité et le révélateur de la bassesse des ordures.